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mercredi, 30 novembre 2022
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Souveraineté: Editorial Par Hedi Ben Abbes

Editorial Par Hedi Ben Abbes

Les grands bouleversements sociaux politiques que connaît le monde sous l’effet d’une mondialisation incontrôlée, devraient motiver toutes les consciences libres à repenser la démocratie et la citoyenneté. Cette démarche citoyenne et responsable vise à envisager la démocratie autour de deux axes principaux à savoir : l’Homme et sa souveraineté individuelle et collective ainsi que la planète en tant qu’espace de vie commun et un lègue pour les générations à venir.

Les limites de la démocratie des urnes et de la très relative « représentativité » qu’elle implique, nous engagent à nous mobiliser pour concevoir un nouveau rôle de l’Etat et de la place des citoyens dans l’organisation et la gestion de la vie de la Cité. La souveraineté comme pouvoir ou puissance de l’Etat est-elle encore pertinente dans le cadre de la fragmentation du pouvoir que la décentralisation suppose ?

L’objectif de ce premier numéro vise à envisager les prémisses d’un nouvel ordre démocratique souverain, permettant aux citoyens tunisiens d’être maîtres de leurs décisions sur leur territoire dans une dialectique permanente entre la souveraineté intérieure et la souveraineté extérieure qui en est l’émanation.

La souveraineté que Foundoo préconise n’est en aucun cas un repli sur soi et encore moins un rejet de l’Autre. Bien au contraire, on est souverain lorsqu’on s’envisage au sein d’un collectif et d’une communauté de vie et de destin dans un monde ouvert et coresponsable.

Conscient de la dérive populiste, voire populicide qu’implique l’usage erroné et abusif du concept de la souveraineté, Foundoo a jugé utile de repenser la question de la souveraineté dans son premier numéro. L’objectif consiste à mettre les jalons d’une approche saine, constructive et réaliste du concept de la souveraineté et contrecarrer ainsi son exploitation mercantile et politicienne.

L’exploration de l’étendu et des limites du concept sera à même de mettre un terme aux dangereux phantasmes que certains développent autour d’une souveraineté exacerbée et la dilution de cette même souveraineté dans un grand ensemble sur fond idéologique que préconisent d’autres. Entre phantasme et dilution, d’autres voies existent et méritent d’être explorées en tenant compte de l’instabilité géopolitique, géostratégie et les conflits d’intérêts que cela sous-tend.

C’est autour de la souveraineté interne qui implique une révision profonde du modèle démocratique et du fonctionnement de ses institutions d’un côté, et de la souveraineté extérieure en tant que droit à l’indépendance de l’autre que s’articule le débat sur l’épineuse question de la souveraineté.

« Nous ne sommes plus seuls au monde » Bertrand Badie a intitulé son livre dans lequel il propose un nouveau regard sur les bouleversements de l’ordre international post guerre froide, à l’aune des défis de la mondialisation et de l’hyper-connectivité générée par la révolution numérique. Ces bouleversements remettent en question des concepts normatifs qui ont jusqu’alors régi le monde et façonné les rapports de forces entre les nations. Les anciens Empires découvrent qu’ils ne sont plus seuls au monde et se voient contraints de composer avec des puissances émergentes.

On ne peut pas vouloir, d’un côté, perpétuer un ordre hégémonique par l’exercice d’une souveraineté envahissante, extra-territorialisée et de l’autre empêcher ceux-là mêmes qu’on souhaite dominer de s’emparer des mêmes outils et des mêmes valeurs pour assurer leur développement de manière souveraine. La souveraineté se trouve ainsi au cœur des enjeux économiques, politiques et sécuritaires internationaux.

La souveraineté peut s’envisager aussi comme un rempart contre l’homogénéisation culturelle qui tend à aplanir les aspérités culturelles pour mieux servir un modèle économique monopolistique. Là encore, c’est un nouveau défi que la souveraineté doit relever pour éviter les dérives identitaires meurtrières, le repli, et le sectarisme. Comment concevoir, alors, un ordre souverain à même d’engager les différences dans une « poétique des relations », comme le dit Edouard Glissant, et éviter aussi bien « la fin de l’histoire » que « le choc des civilisations » ? Tels sont quelques-uns des défis que la souveraineté doit relever et sur lequel ce numéro de Foundo va tenter de faire la lumière.

Hedi Ben Abbes
Universitaire | Plus de publications

Maître de Conférences à l'Université de Franche-Comté.

Diplômé en Droit et Science Politique.
Doctorat en Littérature et civilisation Anglo-saxonnes
Ancien Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères.
Ancien Premier Conseiller diplomatique du Président de la République.
Auteur de plusieurs ouvrages et articles politiques et culturels.
Hedi Ben Abbes
Maître de Conférences à l'Université de Franche-Comté.
Diplômé en Droit et Science Politique.
Doctorat en Littérature et civilisation Anglo-saxonnes
Ancien Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères.
Ancien Premier Conseiller diplomatique du Président de la République.
Auteur de plusieurs ouvrages et articles politiques et culturels.